Gautier Capuçon, excellent fondé de pouvoir

Une nouvelle corde à son arc -presque nouvelle, quatre ans déjà!- pour Gautier Capuçon qui présentait l’autre jour quelques-uns de ses poulains lors d’un très joli concert au Théâtre des Champs-Elysées. La Fondation Gautier Capuçon était ainsi mise à l’honneur.

Dans l’ordre: F. Braley, L. Ispir, M. Kajenjeri, C. Bevilacqua, E. Moncado, G. Leray, G. Durliat, G. Capuçon © Julien Mouffron-Gardner



4 ans déjà! Honte à moi, j’en étais encore resté aux masterclasses de violoncelle données par Gautier à la fondation Vuitton. Or c’est bien fini. Et au moment où cette aventure-là s’achevait, lui venait la possibilité d’une fondation qu’il semble aujourd’hui tenir à bout de bras, même s’il y a des “petites mains” derrière, fort travailleuses, car c’est évidemment sur son nom que les dons vont affluer.

Je fais preuve d’optimisme. Car les dons, tout Gautier Capuçon que vous soyez, ne sortent pas des poches par miracle et surtout pas ni de l’Etat ni des diverses collectivités. Déjà quelle est la différence avec la fondation de Philippe Jaroussky, demanderez-vous? Complète. Plus ambitieuse peut-être. Avec Jaroussky des professeurs prennent en charge sur quelques sessions de jeunes musiciens, la partie la plus personnelle étant l’apprentissage de la musique offert à quelques plus jeunes encore par la mise à disposition d’instruments à cordes. La fondation Capuçon s’adresse à des musiciens déjà confirmés que l’on essaie de guider dans un chemin de soliste potentiel (qu’ils sont déjà): leur octroyer des bourses (ils viennent du monde entier et de pays qui parfois n’ont pas du tout les structures d’accompagnement), leur trouver des concerts, offrir à certains la possibilité d’un premier Cd (4 sont déjà parus, un cinquième est à venir) Mais aussi travailler sur quelque chose qui est moins évident mais plus dans l’air du temps: la santé physique et mentale de ces jeunes athlètes de la musique, dont le talent et l’exigence d’entraînement s’apparentent à ceux des sportifs de haut niveau.

3 pianistes: G. Capuçon, M. Kajenjeri, G. Durliat. Un tourneur de pages, Frank Braley © Julien Mouffron-Gardner

Tout cela, c’est un budget de 900.000 euros, qui ne se trouvent pas sous le pas d’un cheval.

Promotion à venir, la 5e. Des jeunes, donc, du monde entier, de 18 à 25 ans, à en juger par les précédentes ils seront entre 7 et 11, sélectionnés d’abord sur des vidéos, déjà 125 reçues. En piano, violon, violoncelle, deux altistes s’étant déjà glissés parmi eux. C’est comme chez Jaroussky (moins le chant) et l’on se dit aussi qu’il faudrait songer un peu aux cuivres, aux bois, aux percussions, à cette malheureuse harpe si seule. Mais qui pour embarquer ces jeunes pousses?

On entendait donc samedi quelques talents de la promotion 2024, et un de la 2025, l’altiste Gatien Leray, car il en fallait un pour jouer quatuors et quintettes. Concert habilement structuré, qui était une carte de visite, donc un mouvement seulement (le premier) de grandes oeuvres et quelques pièces plus courtes. Cela commençait par un haut chef-d’oeuvre, le Quintette avec piano de Schumann, cela se concluait avec un autre merveilleux quintette, l’opus 81 de Dvorak. Au milieu l’admirable (aussi) 1er quatuor avec piano de Fauré.

Clarissa Bevilacque, E. Moncado, Gabriel Durliat, Gatien Leray, L. Ispir © Julien Mouffron-Gardner

Evidemment Gautier Capuçon jouait aussi. Il avait même convoqué son cher ami et partenaire Frank Braley, dont la nonchalance est à l’égal de son talent, mais qu’on n’entendait pas assez. Il fallait évidemment faire la place aux deux jeunes pianistes, le Français Gabriel Durliat, jeu très clair, très poétique, un peu de brutalité parfois. Et la burundo-ukrainienne (oui!) Mirabelle Kajenjeri qui, dans Fauré, ne doit pas hésiter à se faire mieux entendre quand les trois cordes ont tendance à la couvrir, elle qui sait si bien le faire quand elle joue à découvert.

La jolie idée était que le Schumann qui ouvrait le concert était entièrement dans les mains -les doigts- des jeunes: Gabriel Durliat donc, l’altiste Gatien Leray, les deux violonistes, Clarissa Bevilacqua, l’Italienne, et l’hispano-malais Elias Moncado. Plus le très talentueux Léo Ispir au violoncelle, que j’avais déjà repéré il y a quelques années à la Fondation Jaroussky. Car il y a évidemment des noms que l’on retrouve, dans tel ou tel concours par exemple. Ispir a d’ailleurs avec son frère Lucas, violoniste, enregistré un album, et avec orchestre s’il vous plaît, mais aussi un autre dans le cadre de la Fondation.

Elias Moncado, Léo Ispir © Julien Mouffron-Gardner

(Se pose d’ailleurs, mais Gautier Capuçon n’y apporte pas de vraie réponse, la question du moment où ces jeunes musiciens voleront de leurs propres ailes, sauront trouver désormais le chemin tortueux de la carrière soliste. Peut-être est-ce l’âge qui marquera cette rupture douce avec la Fondation, pour éviter un “syndrome Tanguy” à tant d’entre eux)

Je ne départagerai pas non plus les deux violonistes qui faisaient assaut… de complicité dans les amusantes 5 pièces pour deux violons et piano (Elégie, Gavotte, Prélude, Polka, Valse) de Chostakovitch qui sont cependant des transcriptions dues à son ami Lev Atovmian de diverses oeuvres venues de ballets, de musiques de film ou de scène. Chostakovitch donnait ainsi un gage de sa capacité à écrire de la musique “facile à écouter” Frank Braley accompagnait avec chic les deux violonistes, comme il le faisait en second pianiste avec Gabriel Durliat (2 danses hongroises de Brahms) et Mirabelle Kajenjeri (2 danses slaves de Dvorak). On était heureux qu’il ait un peu plus de grain à moudre dans le Quintette du même Dvorak.

Moncado, Bevilacqua, Braley, Leray, Capuçon © Julien Mouffron-Gardner

Il y eut aussi le bref 1er trio élégiaque de Rachmaninov où Gautier Capuçon apparaissait cette fois avec Durliat et Moncado. Il y eut la Passacaille de Haendel dans la transcription du Norvégien Halvorsen, un tube des frères Capuçon, jouée cette fois avec moins de flamboyance par Moncado et Ispir. Puis un joli 1er Trio de Mendelssohn où Kajenjeri, Bevilacqua et Ispir montraient qu’ils n’avaient pas besoin forcément du soutien des grands. Il y eut, il y eut…

Cette Romance pour piano à 6 mains de Rachmaninov encore où Gautier Capuçon pianiste (on ignorait qu’il eût appris le piano AUSSI) se glissait entre Kajenjeri et Durliat pendant que Frank Braley tournait les pages électroniques d’un bout du doigt fort élégant… Jaroussky, la dernière fois, avait joué du violon!

Et, pour finir avec une oeuvre réunissant 3 pianistes, deux violonistes, un altiste et deux violoncellistes, il fallait… transcrire. Ce fut -idée amusante- les Champs-Elysées de Joe Dassin (plus avenue que théâtre) réécrits par Jérôme Ducros, vieux complice des frères et désormais pianiste favori de Jaroussky.

Mais je n’ai rien dit. Et les deux fondations sont TRES différentes…


Gautier Capuçon (violoncelle), Frank Braley (piano) et les lauréats de la fondation Gautier Capuçon: oeuvres de Schumann, Rachmaninov, Haendel/Halvorsen, Mendelssohn, Chostakovitch, Fauré, Brahms et Dvorak. Théâtre des Champs-Elysées, Paris, le 21 mars.

D’autres lauréats de la fondation viendront se produire le 9 avril prochain au Conservatoire Rachmaninov à Paris dans des quatuors avec piano de Mozart et Brahms

“Il faut toujours expliquer” © Julien Mouffron-Gardner











































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