Un “Roméo et Juliette” pour les enfants. Mais ils meurent quand même…
Au Théâtre des Champ-Elysées c’était le retour de l’ “opéra participatif”. Cette fois Gounod nous présentait son “Roméo et Juliette”, un après-midi froid réchauffé par tant d’enfants… et leurs parents. Jolis costumes, bon chanteurs, habile mise en scène: une introduction idéale à l’opéra pour les plus jeunes, de 6 à 10 ans.
Juliette (Clara Guillon) et son Roméo (Grégoire Mour) © Vincent Pontet
6à 10 ans à vue de nez. Bien sûr il y avait plus vieux. A vrai dire, toutes les générations étaient mélangées. C’était une des six représentations pour les familles, et je crois que j’y assistais pour la première fois. Les autres années j’étais entouré de 2000 enfants (à peu près la contenance du théâtre) venus de toute l’Île-de-France (pas seuls: avec leurs classes) et dûment préparés soit par leur professeur soit par leur maître de musique, chantant à tue-tête, et souvent très bien, la partie chorale qu’on leur avait enseignée.
Carmen, La flûte enchantée, La belle Hélène, L’élixir d’amour, Le barbier de Séville: j’en oublie. L’oeuvre est habilement résumée, en format une heure, on oublie les personnages trop secondaires, les chanteurs sont jeunes, ils se frottent ainsi à des rôles qu’ils auront sans doute l’occasion de chanter mais bien plus tard. Et comme les enfants ont été bien coachés par leurs enseignants ils font preuve d’une concentration toute particulière. C’est un peu moins le cas quand il s’agit des familles mais quand même… et les plus agités avant que le rideau ne s’ouvre deviennent curieusement très silencieux, sans doute fascinés par l’histoire où on les entraîne, miracle, qui touche donc dès la première jeunesse, du théâtre et de la musique.
Les comédiens: Gounod (Yannis Baraban) et sa nièce Juliette (Eva Dumont) © Vincent Pontet
L’intelligence de cette initiative (en général partagée avec des opéras de province, cette fois Massy, Reims et Bordeaux) est aussi de ne rien faire au rabais. Une vraie mise en scène, des chanteurs qui n’aspirent qu’à une chose, le devenir sur des scènes aussi prestigieuses (mais pour des plus grands), un orchestre conséquent (pas un accompagnement au piano) Mieux encore, pour les familles, une préparation spécifique avant la représentation, suivie d’une vraie répétition pleine d’humour le jour où je m’y trouvais par une des deux cheffes de choeur, en l’occurrence Eléonore Le Lamer.
Johanna Boyé, la metteure en scène, a trouvé une excellente idée pour mettre cette histoire en perspective et surtout rendre fluide les coupes nécessaires qui exigent de réduire à une heure (capacité d’écoute des tout jeunes oblige) des oeuvres qui en durent deux, voire trois fois plus: il se trouve que Gounod, l’auteur de Roméo et Juliette (l’ai-je dit?), avait une nièce justement prénommée Juliette et c’est à elle qu’il va s’adresser en imaginant en même temps que la Juliette de Vérone, la Juliette de Shakespeare, serait un superbe sujet pour un nouvel opéra. Ainsi Yannis Baraban (Gounod) et Eva Dumont (Juliette), tous deux comédiens, tireront le fil rouge de l’histoire qui va suivre très exactement la pièce de Shakespeare d’une manière limpide, avec de jolis costumes à l’ancienne dont on ne jurerait pas qu’ils soient toujours de la Renaissance mais qui donnent aux plus jeunes l’illusion que ces héros sont sortis d’un livre d’histoire.
Un bal masqué chez les Montaigu © Vincent Pontet
Double distribution bien entendu, cela permet au maximum de jeunes chanteurs de se frotter à des pages célèbres comme la très jolie valse qui accompagne l’air célèbre de Juliette, “Je veux vivre”. Les deux Roméo alternant, quand l’un est Roméo l’autre prend le rôle du violent Tybalt, le cousin de Juliette -très bien tous deux, le Tybalt de Yu Shao et le beau ténor du Roméo de Grégoire Mour. Je serais un peu réservé sur la Juliette de Clara Guillon qui incarne bien le rôle dans sa juvénilité mais dont les aigus manquent encore de rondeur et de moelleux. La nounou de Juliette, Léontine Maridat-Zimmerlin, que j’avais découverte à l’Académie Jaroussky, tient parfaitement son rôle et les deux “vieux” sont très bien aussi, le baryton Timothée Varon (ex de l’Académie de l’Opéra de Paris) en Capulet, le père de Juliette; et surtout la basse Ugo Rabec dans le double rôle du Duc de Vérone et de Frère Laurent.
Direction dynamique de Jean-François Verdier à la tête de l’orchestre de Bourgogne-Franche-Comté. Quant aux choristes (c’est-à-dire nous) je ne garantirais pas qu’ils ont été les meilleurs de la distribution mais nous avons fait notre maximum.
Les amoureux, Gounod, la scène du balcon © Vincent Pontet
Quel sera l’opéra de l’an prochain? Les premiers étaient, sinon tous comiques, du moins se terminaient-ils plutôt bien. Puis il y eut Carmen ou, cette année, Roméo et Juliette… des drames! Mais cela ne semble pas gêner les plus jeunes, habitués à des histoires parfois sinistres où des morts mystérieuses sont l’objet d’énigmes. Comme m’avait répondu un jeune garçon à qui je demandais si la mort de Carmen ne l’attristait pas: “Ben oui mais elle a quitté son monsieur, alors…”
Vu sous cet angle…
Roméo et Juliette, opéra participatif d’après Charles Gounod, mise en scène de Johanna Boyé, direction musicale de Jean-François Verdier. Théâtre des Champs-Elysées, Paris, du 7 au 16 février (14 représentations tout public et représentations scolaires)